Présentation de l’inventaire national des orgues à l’AJP


Grâce à son orgue du XVIIIe siècle, l’église collégiale Saint-Vincent de Montréal (Aude) est au centre d’un festival reconnu (Crédit Pwl)

Le 14 décembre 2021, grâce à François-Xavier Lenoir, membre journaliste, un petit-déjeuner de presse AJP a permis de découvrir la richesse de notre pays en ce qui concerne ce type de patrimoine à la fois mobilier et musical. Celui-ci vient de faire l’objet d’un inventaire dédié, accessible à tous sur internet :

La France possède plus de 10 000 orgues, ainsi que l’a rappelé Isabelle Chave, sous-directrice des monuments historiques et des sites patrimoniaux au Ministère de la culture, en ouverture du petit déjeuner de l’AJP du 14 décembre dernier. Ce chiffre en fait sans doute le pays comptant le plus grand nombre d’orgues et c’est aussi celui qui possède les instruments les plus variés. Sur ce total, 1600 environ sont inscrits à l’inventaire des monuments historiques, presque tous (96%) sont la propriété de l’État depuis la loi de 1905.

Beaucoup de ces instruments sont mal identifiés, voire complètements ignorés. Ils ne sont jamais joués et pas entretenus alors qu’ils constituent un patrimoine exceptionnel. De toutes les formes de patrimoine, l’orgue est sans doute le plus difficile à classer. Alors qu’il est fait pour produire de la musique sous l’action d’un interprète humain, 90 % du temps il ne fonctionne pas. Il faut donc se contenter de le regarder et d’imaginer ce qu’il peut donner quand il est joué. Malgré cela depuis les années 1980, l’orgue participe de plus en plus souvent à l’action culturelle. Ce phénomène ne cesse de se propager au point qu’il y a aujourd’hui 200 classes d’orgue et que la journée de l’orgue créée il y a environ 10 ans est aujourd’hui connue de tous. Autre chiffre remarquable : le groupement des facteurs d’orgues comprend 65 entreprises, souvent de quelques personnes, qui oeuvrent sur 70 à 80 chantiers.

Pour Isabelle Chave, l’État s’est toujours intéressé aux orgues, certaines collectivités aussi, mais face à l’éparpillement des données, il était temps que l’on aborde ce fabuleux patrimoine avec des moyens numériques modernes. Alors que l’on recensait jusqu’à 76 livrets ou annuaires listant des orgues, il n’y avait pas d’outil pour une vue globale de la situation et de l’étendue des travaux à effectuer. L’Etat préconisait donc la création d’un seul site enrichi où l’on puisse savoir à tout moment quels sont les instruments dont dispose le pays. D’où l’idée, née en 2014, d’un inventaire national s’appuyant en grande partie sur les connaissances se trouvant chez les citoyens. Le but était aussi de posséder un historique pour mieux connaitre ce patrimoine ancien, de recueillir les données et de les rendre coopératives en montrant que tout un chacun avait intérêt à coopérer.

Pour le ministère, il fallait que le projet trouve un cadre adapté et pour cela il pouvait s’appuyer sur, notamment, la Fédération francophone des amis de l’orgue (FFAO) créée en 1983, un magazine Orgues Nouvelles et l’association Orgue en France qui vient de fêter son dixième anniversaire. Par ailleurs, il existait aussi le Programme EIG (entrepreneur d’intérêt général) qui a mis à disposition un concepteur de banque de données à qui il a été demandé de répondre à un défi : comment réussir cet inventaire en Open Source, disponible pour tous ? En dix mois, le développeur a réussi à mettre sur pied une base de données, puis le relais a été pris par Orgue en France qui est devenu maitre d’ouvrage, Gwilherm Poullennec, technicien et organiste, en devenant la cheville ouvrière. S’appuyant sur 500 contributeurs, l’inventaire des orgues a été inauguré le 22 octobre 2021 au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP). Le site réalisé n’a pas d’équivalent dans le monde.

Au cours du petit déjeuner, les participants ont pu assister à une démonstration de cet inventaire national des orgues. A ce jour, 6000 instruments sont déjà recensés, dont 2000 bénéficient d’une notice complète. Les renseignements ne peuvent être introduits que par ceux qui les connaissent, ce qui suppose qu’ils soient informés de l’existence de ce site et qu’il soit ouvert à tous. Les renseignements portent sur le buffet, l’histoire, les registres… tout ce qui fait l’originalité de l’orgue.

Pour ne pas se poser trop de questions sur le nom d’un registre, 1634 noms de jeux ont déjà été préenregistrés. Les photos sont fournies par les informateurs, des bénévoles la plupart du temps, néanmoins elles doivent être de bonne qualité et bien cadrées. « Une bonne photo en dit beaucoup sur un instrument », reconnaît Gwilherm Poullennec. Des photos anciennes sont également publiables et il est aussi possible d’avoir des enregistrements de sons. Enfin, on peut créer des liens avec un QR code.

Le type de recherche possible est un des points forts de cet inventaire. Les entrées sont multiples : facteur d’orgue, région, localisation… ce qui facilite la préparation d’un itinéraire de visite. D’où l’importance de référencer les instruments sur une carte de France. Pour cela de jeunes diplômés en géographie ont signés un partenariat, puis se sont investis dans le projet et finalement se sont enthousiasmés pour le monde de l’orgue. Notons à ce propos que bien qu’immeubles, les orgues se déménagent. Ils sont même importés et exportés.

Pour conclure ce petit déjeuner, Philippe Lefebvre, président d’Orgue en France et organiste titulaire du grand orgue de la cathédrale Notre-Dame de Paris, a tracé un panorama de la situation des orgues. Il a fait observer que beaucoup de communes ignoraient le trésor dont elles disposaient, surtout quand cet orgue est à l’arrêt depuis longtemps ou en mauvais état. Il est vrai qu’il faut beaucoup d’argent pour entretenir ou pour reconstruire un orgue.

On parle de plusieurs centaines de milliers d’euros, quelquefois de 500 000 euros, mais ce ne doit pas être un obstacle. Même 1 million de francs peut être subventionné à 80 %. Dans leur recherche de financement, les communes ne sont jamais seules. Alors qu’il existe des centaines d’associations d’amis des orgues, entre 500 et 800, pour peu que les fonds apportés par cette association ou par un donateur constituent une base suffisante pour amorcer un processus de financement, l’Etat peut compléter cette mise de fonds. Souvent la région, le département et l’intercommunalité suivent.

Ceci est surtout vrai pour les instruments classés mais ça l’est aussi pour des instruments qui ne le sont pas. Si c’est au service du renouveau de l’orgue, il peut devenir la tête de pont d’un nouveau départ pour une localité et même une région. Ce qui vaut vraiment le coup. Si, au départ, l’usage est souvent religieux, il peut s’élargir au culturel. C’est ainsi que de petits festivals ont vu le jour. A l’exemple de Montréal commune de 2000 habitants dans l’Aude qui a maintenant son festival. Il arrive donc qu’un orgue soit mis au service d’un renouveau de lieux méconnus qui grâce à lui acquièrent une notoriété nouvelle, contribuant ainsi au développement touristique.

François-Xavier Lenoir

Les participants du petit déjeuner regroupés autour de l’inventaire des orgues (Photo FXL)

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