Accès Espace Adhérents

Association des Journalistes du Patrimoine

Reportages AJP

MUSÉE DES TISSUS DE LYON : UNE FERMETURE SERAIT INCONCEVABLE ! 

Un dossier toujours d'actualité, un musée ouvert.

28/09/2016
Pendant l'année 2015 et une grande partie de 2016, l'aventure, l'affaire du Musée des Tissus de Lyon a été largement reprise par la presse. Il était question de sa fermeture éventuelle, impensable pour une telle collection unique au monde. Et pourtant, malgré une pétition ayant recueilli plus de 100.000 signatures, malgré les articles de presse, malgré des démarches auprès du Ministère de la Culture, l'inquiétude persiste. Quel est l'avenir du musée pour 2017 ? Pour y voir si possible plus clair, l'AJP s'est rendue à Lyon récemment. Compte-rendu.

Tenture pour chambre de Louis XVIII
Tenture pour chambre de Louis XVIII

Il y a en France, concernant les textiles, le Musée du Costume de scène de Moulins, le nouveau Musée de l'Ordre de la Visitation, le Musée Anne de Beaujeu mais aussi le Musée des Tissus de Lyon. Les premiers sont surtout dépositaires de fonds d'institutions nationales (Opéra, Comédie Française...). Tous sont confrontés aux réalités économiques de notre temps mais à Lyon la situation est critique. A tel point qu'en 2015, la Chambre de Commerce et d'Industrie de la ville (CCI) pensait se séparer, mais à contre-coeur, de ce musée néanmoins remarquable. Et le mot remarquable n'est pas ici utilisé vainement.

Robe de cour dite "de Joséphine"
Robe de cour dite "de Joséphine"

Dès lors, émoi et tollé dans le milieu de la culture et des musées ainsi qu'auprès d'un certain public. Une pétition mise en ligne par un collectionneur éminent et très bon spécialiste des textiles anciens, Daniel Fruman, devait recueilir plus de 100.000 signatures, ce qui a un temps fait bouger la Ministre de la Culture, Audrey Azoulay, qui a cru devoir nommer un médiateur, Mr Thierry Le Roy. Ce dernier a rendu un rapport sérieux, réaliste et équilibré à la Ministre, suivi d'un communiqué de presse largement diffusé même si le rapport n'avait pas vocation à être rendu public. Dans ses conclusions, Thierry Le Roy précise bien que le Musée des Tissus de Lyon est une institution majeure ayant un rayonnement international et territorial fort et qu'une solution doit être trouvée. A aucun moment, il n'est question d'une mauvaise gestion mais bien au contraire, que pour un sauvetage, différents acteurs doivent intervenir : l'Etat, la ville, la région et la CCI qui, historiquement, porte la destinée de ce musée depuis 150 ans (1836). Bien entendu, Thierry Le Roy préconise aussi des actions de mécénat mais insiste également sur le fait que le projet ne saurait être un simple projet de survie mais ambitieux.

Pourquoi donc une situation de crise telle que celle qui prévaut en ce moment ?

Une double situation, conjoncturelle d'abord, provenant des réductions conséquentes de subventions de l'Etat aux CCI (la CCI de Lyon a dû réduire par deux fois son personnel), plus fondamentale ensuite car une institution telle que ce musée doit dépendre d'une tutelle à compétence culturelle, ce qui n'est pas vraiment le cas d'une CCI même si cette dernière, contrairement à ce que nous avons pu entendre ici ou là n'a jamais souhaité ouvertement se séparer du musée. Il n'est pas dans "le cœur de mission" d'une CCI de gérer un tel musée même si l'historique de celle de Lyon l'a conduit à gérer pendant longtemps un musée de cette importance. N'oublions pas que depuis 60 ans environ l'industrie textile a changé à Lyon et que lorsque le Musée a été fondé, la CCI gérait la "Condition des soies" , l'endroit où toutes les flottes de soie arrivaient et où l'on calculait le poids des soies, un service de la CCI qui rapportait gros. En ces temps, des sommes importantes pouvaient être affectées au musée. En 2015, sur un budget de 2,5 millions d’euros, la CCI a consacré 1,7 million d’euros au fonctionnement de ce fleuron artistique. Mais la baisse des ressources fiscales de la chambre consulaire, voulue par le gouvernement (38% d’ici 2017) met en danger la pérennité de l'établissement. Mais comment justifier de nouvelles dépenses actuelles auprès des élus de la Chambre ?  La volonté de la CCI n'est pas de fermer le musée. il faut savoir que cette merveille de musée fonctionne avec un autofinancement de 40% ce qui est tout à fait remarquable alors que la plupart des musées des régions s'autofinancent entre 3 et 18%. De plus, environ 110 activités culturelles et pédagogiques mensuelles sont menées, plus de 25 expositions ont été organisées depuis 5 ans et des prêts sont fréquemment décidés, différents rapports d'analyse ont conclu à des finances et une gestion saines. Mais il est nécessaire de développer l'équipe existante (22 personnes et un directeur qui est aussi le conservateur). En l'état actuel des choses, afin d'avancer, il faut s'en tenir aux faits et décrisper l'état passionnel du dossier. Il y a lieu de construire un véritable partenariat avec les différents acteurs. Des sponsors fidèles existent (Hermès par exemple), des industriels ont fait savoir qu'ils étaient prêts à accompagner le musée et quelques autres sponsors occasionnels au cas par cas selon les manifestations organisées sans parler d'actions philantropiques avec des dons.

Habit de général - vers 1792
Habit de général - vers 1792

Quelle vision doit-on avoir pour le futur ? Quel projet avec quelle volonté ? 

Ce qui semble "coincer" actuellement est peut-être le fait qu'il faut un véritable porteur de projet et que ce dernier devrait s'impliquer de manière forte. On aimerait que la tutelle se fasse entendre à ce sujet. Les difficultés doivent absolument être surmontées très vite car une assemblée générale doit se tenir en octobre. Les enjeux sont importants et les partenariats (un maître-mot ici) doivent aboutir. Tutelle et gouvernance pourraient être séparées et partagées en bon entendement. Mais il faut rendre hommage à cette CCI de Lyon qui a su si longtemps créer et porter le musée.

Tunique égyptienne Vè dynastie
Tunique égyptienne Vè dynastie

Cet établissement est un joyau, un vrai et tourne avec une équipe soudée et investie ; personne n'a quitté le navire dans la tourmente. Un fait rare. L'AJP, pour sa part, ne peut que constater les bonnes volontés et espérer que l'institution se perpétue pour le profit de tous ses visiteurs, collectionneurs, pour l'image de la ville de Lyon. Il y a lieu d'insister sur le fait que, non, décidément, le Musée des Tissus et celui des Arts Décoratifs ne sont pas fermés ce qui a pu être cru avant et pendant l'été. Ils attendent leurs visiteurs. Pour ceux qui s'intéressent aux collections de textiles, il n'existe pas de concurrents mais plutôt des homologues de Lyon. Les collections ont ici été formées par de vrais connaisseurs de textiles ; ce ne sont pas seulement le beau et l'ancien qui figurent ici mais bien des pièces uniques et remarquables par leur technique. Une collection de référence universelle. D'autres existent. On pense au Victoria et Albert Museum avec ses 250.000 pièces, le Metropolitan Museum, le Textile Museum de Washington, les Arts Décoratifs de Paris, la Fondation Abegg en Suisse Citons aussi le British Museum et le Lacma de Los Angelès. Mais ici, à Lyon, ce sont 2.500.000 oeuvres qui sont conservées.
Ce n’est ni un musée industriel ni un musée de société ou de mode ; Il a été créé pour collecter les chefs-d’œuvre. Sa spécificité : couvrir un champ vaste et complexe, qui croise archéologie, industrie et design".
En France, on n'a pas encore pris toute la mesure artistique des textiles ; ce serait bien toute la place de Lyon de se saisir de la question à un moment où le textile est un enjeu majeur pour la Chine, pour les Etats-Unis, pour l'Europe anglophone ou germanophone ; il y a chez nous un certain désintérêt pour le textile alors que de nombreuses expositions dans le monde tournent autour de ce thème dans l'histoire de l'art.
Le directeur (et conservateur) avait formulé il y a quelques mois l’hypothèse d’adosser le musée des Tissus et des Arts décoratifs (à la condition qu’il reste à Lyon) au Louvre, «seul grand musée au monde à ne pas avoir de département textile». Mais la rue de Valois ne semble pas prête à entendre ce discours. Mais ni Lyon, ni la métropole ne semblent vouloir ou pouvoir investir les 1,7 millions d'euros qui seraient nécessaires chaque année.
Alors ? Nous suivrons le dossier mais pour le moment, non, comme le disait le titre malicieux d'un grand quotidien en fin 2015, le Musée des Tissus et des Arts Décoratifs de Lyon "ne file pas du mauvais coton" ! Allez-y donc dès que vous pouvez. Vous plongerez dans la malle aux trésors.

G. Levet

Jusqu'au 31 décembre 2016 :
L’exposition Le Génie de la Fabrique est un hommage à la ville de Lyon et à ceux de ses enfants qui ont su, par leur incroyable exigence et leur inventivité, élever le tissage des étoffes façonnées non plus seulement au rang d’un artisanat remarquable, mais à celui d’un art véritable. Cette conquête, qui a duré près de trois siècles, a déterminé l’histoire de la ville et préparé son avenir.

Le musée des Tissus, fondé pour témoigner de cette histoire, pour en perpétuer le souvenir et le renouveler, conserve les plus grands chefs-d’œuvre produits par la Fabrique.
L’exposition présente plusieurs pièces inédites et des acquisitions récentes, ainsi que les exemplaires les plus prestigieux des étoffes réalisées pour l’ameublement des résidences royales ou impériales et pour la haute couture.

Du mardi au dimanche, de 10 h à 17 h 30

Fermeture les lundis, jours fériés, dimanches de Pâques et de Pentecôte

Renseignements
 - Téléphone : + 33 (0)4 78 38 42 00 
 - Télécopie : + 33 (0)4 72 40 25 12 
 - Mail : info@mtmad.fr
 - www.mtmad.fr
 - facebook

   

Cet article comprend des informations complémentaires réservées aux membres de l'AJP. Identifiez-vous (en haut à droite de la page) pour les lire.